7 févr. 2018

Les Insoumis du blizzard, Fanny Abadie - Post-apo glaçant

2330. Le monde est dévasté par un blizzard mortel. Les derniers survivants se sont réfugiés sur le continent africain, mais quelques insoumis continuent d'occuper les villes peu à peu ensevelies sous la neige. Tu vas suivre une communauté réduite qui occupe la Vieille Bourse de Lille. Elle est composée de six jeunes de 10 à 16 ans et de cinq adultes, dont Kelsang le chef. Leur devise est simple : RAISON, DÉVOUEMENT, DISCIPLINE. T'es pas là pour rigoler : tu la boucles quand ton estomac crie famine, tu n'as le droit à aucune possession pour éviter les convoitises, tu respectes le strict emploi du temps, en bref, tu obéis à Kelsang sinon tu finis au frigo (comme s'il ne faisait pas assez froid). Les jeunes se sont habitués à ce système contraignant et trouvent chacun des combines pour le contrer. Bon, ils sont courageux mais pas téméraires et ne rebellent vraiment. Après tout, ils font partie d'une communauté, il faut se serrer les coudes ! Mais tout va changer lorsque deux des jeunes filles, Nejda et Liv, ont leurs règles pour la première fois.

Leurs règles. Je suis bien d'accord, c'est un élément perturbateur pour le moins étonnant. Mais on comprend à demi-mot que cela fait des décennies que l'espèce humaine a abandonné la procréation naturelle et conçoit directement les bébés en laboratoire pour leur offrir le meilleur patrimoine génétique possible. À cause de ces trifouillages biologiques excessifs, les organes reproducteurs humains ont perdu de leur efficacité pour devenir finalement inutiles. Donc quand il fait -20000°C dehors, que les laboratoires sont inaccessibles, et qu'on est plus que onze dans un rayon d'une centaine de kilomètres, perpétuer l'espèce se révèle un peu compliqué. 
Jusqu'à ce que les deux filles aient leurs règles. 
Sauf qu'elles ne savent pas ce que c'est.
Sauf que les adultes, eux le savent. Et ils ont un plan.

La Vieille Bourse de Lille
Et hop, c'est parti, après la présentation des personnages et ce point procréation abordé, l'histoire commence. Les chapitres sont partagés entre les points de vue des différents membres de la communauté. L'intrigue dure cinq jours. Et, une fois que tu as assimilé le nom des personnages et les deux trois éléments que tu apprends sur eux, tu as toutes les clés en main pour suivre l'intrigue vu qu'il s'agit d'un huis-clos.

Si, justement, le huis-clos entre les personnages est très bien mené, c'est frustrant de ne pas explorer l'univers enneigé qu'il y a au dehors. Les personnages s'y aventurent rarement, préférant la chaleur relative de la Vieille Bourse (je les comprends). Et dès qu'ils sortent... bah tu n'as rien.

Les personnages, parlons-en ; leur caractère est parfois incompréhensible. Je veux bien concevoir que passer des années enfermé•e avec les onze mêmes personnes altère quelque peu ton comportement. Mais cela ne justifie nullement le manichéisme dont ils font tous preuve ! Les adultes complotent dans leur coin et sont soit manipulateurs, soit passifs. Les jeunes, même si certains ont des différends, forment un bloc complice face à leurs aînés. Et pourtant, il y a matière à approfondir ! Certains jeunes sont orphelins, mais d'autres ont encore des membres de leur famille en vie dans la communauté. Leurs relations gagneraient à être davantage poussées ; je pense par exemple à la mère d'un des jeunes garçons qui n'a cesse de protéger son fils, son chouchou, lui évitant toutes les tâches pénibles. Son attachement pour lui est à la limite de l'étrange, mais jamais étudié en profondeur. C'est d'un frustrant ! Ah, et autre élément de frustration : il n'y a peu de mention de la vie avant le blizzard, ni même des premiers temps de la catastrophe et des réactions des personnages à ces moments terribles.

Rassure-toi, j'ai soulevé quelques points négatifs, mais Les Insoumis du blizzard reste un récit de post-apo efficace, avec nombre de réflexions autour de la survie, de la procréation, de la rébellion face à l'ordre injuste établi, avec une tension glaçante (sans mauvais jeu de mots) distillée tout au long des chapitres. Tu tournes les pages à toute vitesse tant tu veux connaître le destin des personnages. Et quand la fin arrive (trop vite), tu n'auras qu'à couiner de frustration. Si l'histoire se poursuit dans un deuxième tome, je serai au rendez-vous !


Et j'en profite pour le conseiller 2 très bons romans de post-apo (clique sur les couvertures !)

Les Insoumis du blizzard de Fanny Abadie • France • Sarbacane « Exprim » • 16 € • 416 pages • février 2018

4 commentaires:

  1. Eh bien je suis totalement d'accord avec toi, j'ai trouvé que tout le roman restait trop à la surface, du coup je ne suis pas certaine d'en dire que c'est un "post-apo efficace". La réflexion sur les enjeux de la procréation ne va pas assez loin, tout comme la contextualisation. J'ai tellement été frustrée par le personnage de Mirren alors qu'elle a tellement de potentiel ! Je pense que ça aurait mérité d'être un bon gros pavé pour prendre plus le temps de développer histoire et personnages.

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    1. En "post-apo efficace", je voulais relever que l'histoire va droit au but, qu'on se prend au jeu et on finit par tourner les pages très vite. J'aurai peut-être dû écrire qu'il s'agissait d'un page-turner efficace, plutôt ! Mais je garde espoir ; j'espère que le côté post-apo fin du monde et tout le tralala sera exploité dans une suite...

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  2. Au début de ta chronique je me disais ouaaaah ça a l'air chouette, et vers la fin beaucoup moins ahah :)
    Ça me fait penser à "Le Fils de l'Homme" à mort par contre !!

    Pauline (marquonslespages, j'arrive pas à me connecter sous ce nom pour écrire des commentaires argg)

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    1. Je n'ai pas vu Le fils de l'homme, mais ça a l'air de reprendre la thématique de la procréation dans le futur ! Ça a l'air chouette :)

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