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1 août 2018

Amours toxiques en littérature ado


Je n'ai aucune statistique sous la main, mais je pense affirmer sans me tromper que l'amour est le sujet le plus abordé en littérature ado. C'est bien compréhensible : l'adolescence est l'âge où les émotions sont décuplées et où l'on vit ses premiers sentiments amoureux. Ce déchaînement de passion(s) offre un terreau fertile à l'imagination des auteurs et des autrices qui le transforment en histoires. Mais si la naissance de l'amour est passionnante, explorer le négatif d'une relation l'est encore plus. Et c'est ce que font avec une surprenante justesse les trois livres dont je vais vous parler.

20 juin 2017

3 personnages enragés de la littérature ado

RAGE : État d'irritation, de colère, de fureur qui peut porter à des actes excessifs. (Larousse)

La rage emporte, brûle et détruit. Émotion terrible, c'est aussi une maladie virale associée aux chiens et à leurs morsures. Rage, c'est une histoire d'Orianne Charpentier, ce dans quoi Marion se jette dans La fille seule dans le vestiaire des garçons et ce qui ronge Blaise, du livre Des poings dans le ventre. Et si on faisait connaissance avec ces personnages enragés ?


8 févr. 2017

Ma tronche en slip - Vincent Cuvellier

Benjamin, franchement, il se trouve bien foutu. Il a 15 ans et les hormones en ébullition. Alors quand il se fait repérer dans la rue par une femme d'une agence de jeunes mannequins, il saute sur l'occasion. Mais son quart d'heure de gloire, ce sera pour une publicité avec sa tronche en slip, à savoir lui quasiment à poil placardé dans toute la ville - et bientôt en boucle à la télé et sur Internet. 
Hé, mais qu'importe ! En 80 pages chrono, Benjamin nous raconte sa folle expérience de mannequin débutant complètement hors du temps. Dès que le contrat est signé, il s'envole en Afrique du Sud pour le shooting, croise un acteur connu, des filles en maillots de bain sans maillots de bain et danse comme un abruti pour un chèque qu'il ne touchera qu'à ses 18 ans. Il profite et ne se pose pas de question : la petite humiliation quand la campagne de pub sort n'est finalement pas grand-chose comparé à toutes les histoires qu'il peut désormais raconter pour impressionner les filles. 

Pas forcément de morale pour ce petit bouquin qui se lit très vite. Benjamin c'est un ado comme les autres (ne crions pas au cliché, je ne suis pas un garçon, mais je pense que représenter un gars de 15 ans qui est très très préoccupé par ce qu'il se passe dans son pantalon, ce n'est pas si éloigné de la réalité) et qui s'exprime comme tel. On a l'impression d'avoir un pote en face de nous qui nous raconte des histoires si dingues qu'on doute de leur réalité - mais au fond on a envie d'y croire à ce monde du mannequinat. Alors on se laisse embarquer pour passer un bon moment délirant !

Ma tronche en slip de Vincent Cuvellier • France Editions du Rouergue • 8,70 € • 80 pages • 2014 

1 sept. 2016

Le fils de l'ombre et de l'oiseau - Alex Cousseau

Le fils de l'ombre et de l'oiseau c'est...

Une histoire chuchotée par deux frères à l'oreille du meurtrier de leur père pendant une nuit. À l'aube, ils exécuteront Butch Cassidy, hors-la-loi, pilleur, bandit qui pour l'instant dort sous l'arbre où est né Pawel.

Pawel, c'est le fils de l'ombre et de l'oiseau. Dans les chuchotis de la nuit, on écoute son histoire. Il a parcouru l'Amérique du Sud en se cherchant une identité, lui qui n'est reconnu par personne, emmêlé dans l'histoire de sa mère.

Sa mère, c'est Poki, née sur l'Île de Pâques, qui a volé avant le monde, accrochée à ses rêves fous. En tout cas, c'est ce que l'histoire dit. Depuis, elle n'a cessé de vouloir toucher le ciel, tout en égrenant des promesses dans le vent comme des graines.

Et il y a Wari qui dessine dans le sable et dans les rêves de Pawel.

Et toutes ces histoires se croisent, se mêlent et se créent ensemble. Elie et Elias racontent, s'interrompant parfois, mais toujours en serrant dans leurs mains le fusil qui tuera Butch Cassidy.

Voyage, vols et vengeance sont les trois maîtres-mots de ce livre, de cette histoire qui nous en raconte tant d'autres.

5 juin 2016

Je suis qui je suis - Catherine Grive

Qui est Raph ? On se le demande et Raph se le demande aussi. On suit ce personnage le temps d'un été qui navigue comme une âme en peine dans son immeuble. Ne partant pas en vacances parce que sa mère est enceinte, Raph passe ses journées à tenter de ranger sa chambre et à piller les boîtes aux lettres de ses voisins. Très solitaire, il passe ses journées à se questionner sur lui, sur les autres, dans une infinie tristesse.
D'apparence androgyne, Raph trompe les autres sur son genre et fini même par se tromper lui-même. Dans la première moitié du roman, l'auteure réussit le tour de force de ne jamais nous donner le moindre indice sur le sexe assigné à Raph en évitant les accords des participes passés. Et quand la révélation survient, cela n'aide absolument pas notre personnage à se sentir mieux. Au fond, ce n'est peut-être pas si important ?

« - Bonjour, madame. 
- Bonjour, made... jeun... 
Allez, un petit effort. Regarde-moi bien. Fille ? Garçon ? Tu trouves ? Oui ? Non ? Allez, pas grave. »

Ce petit livre est extrêmement intéressant ; tout d'abord, c'est la première fois que je vois le sujet de la non-binarité abordé en littérature jeunesse. Difficile de s'identifier au genre fille ou au genre garçon quand on ne se reconnait dans aucun des deux. Tout le questionnement qui perturbe Raph tourne autour de cela. Ensuite, outre ce sujet, c'est l'adolescence en général qui est traitée. À travers les non-dits, on découvre le mal-être de Raph, ce personnage qui ne se reconnaît en personne et qui se sent profondément incomplet. C'est le cas de beaucoup d'adolescents qui peuvent se sentir perdus ou différents. La quête de l'identité est au centre de cette période et cela est décrit avec justesse entre ces pages.

Je ne compte pas plus parler de ce petit livre du fait de sa brièveté. En 126 pages, tant de choses sont traitées ! C'est bien construit, intelligent et fort. À mettre en les mains d'adolescents un peu tristes qui se questionnent...

Je suis qui je suis de Catherine Grive • France Éditions du Rouergue • 9,20 € • 126 pages • 2016 

16 mai 2016

La dernière reine d'Ayiti - Élise Fontenaille

L'une de mes dernières chroniques portait sur un livre placé dans une période de l'histoire laissée de côté par l'école, à savoir la Fronde au XVIIe siècle. On remet le couvert avec un événement majeur qui est bien souvent peu approfondi. Lorsqu'on évoque la découverte de l'Amérique, on se cantonne bien souvent à dire que Christophe Colomb a trouvé un nouveau continent, que les premiers peuples n'ont pas survécu aux microbes apportés par les colons et que ceux-ci ont bien profité de leurs richesses. C'est déjà pas mal, certes, mais de ce fait on ignore toujours le point de vue des envahis au profit de celui des envahisseurs.

Heureusement, Élise Fontenaille nous offre une histoire qui rétablit une vérité historique douloureuse et indispensable. La dernière reine d'Ayiti se concentre sur le génocide des Taïnos par les colons espagnols. Dans le premier tiers du livre, le jeune Guaracuya nous raconte le quotidien de son peuple, ses coutumes et traditions. Les Taïnos sont pacifiques, doux et vivent en harmonie avec la nature. Mais tout va être bouleversé par l'arrivée des colons. D'abord accueillis avec chaleur, les hommes de Christophe et Bartolomé Colomb ne tardent pas à tromper l'hospitalité de leurs hôtes. Mais ces derniers sont loin du cliché du gentil sauvage. Ils ne sont pas dupes longtemps, mais il est déjà trop tard pour espérer les faire quitter l'île. Seule une petite partie des Taïnos et des rescapés des peuples voisins réussiront à échapper aux colons, mais à un prix trop bien élevé.

Ainsi, en très peu de pages on découvre l'ampleur de la barbarie de la colonisation des Amériques. La brièveté de cet ouvrage n'a d'égal que la rapidité terrible avec laquelle le peuple des Taïnos s'est éteint. Tout ce témoignage nous est délivré par Guaracuya, un personnage qui a réellement existé sous le nom d'« Enriquillo » et qui s'est opposé aux colons espagnols. On croise également de nombreux autres personnages historiques en plus des frères Colomb, comme le prêtre Bartolomé de las Casas qui a défendu les peuples envahis ou la dernière reine Aracaona. Toute une galerie qui joue ce destin funeste... mais l'héritage des Taïnos continue de perdurer aujourd'hui ; Élise de Fontenaille nous le prouve grâce à un lexique des mots taïnos passés dans le langage courant, tels que « tabac », « ananas » ou encore « canoë».

Un livre indispensable pour voir d'un autre œil la colonisation et ses ravages.

La dernière reine d'Ayiti d'Élise Fontenaille • FranceÉditions du Rouergue • 10,20 € • 112 pages • 2016 
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8 févr. 2015

Le cœur des louves - Stéphane Servant

Le cœur des louves de Stéphane Servant
France

Edité chez Rouergue, collection Doado - 2013

542 pages - 17.50€

Célia est arrivée seule, à la fin de l'été. 
Livrée à elle-même dans le vieille maison, elle attend sa mère. Le village est toujours pareil, perdu au fond de la vallée, avec ses montagnes couvertes de forêts et son lac Noir. 
Leur retour réveille de vieilles histoires. 
Celles d'une grand-mère à la réputation sulfureuse. Car ici, tout le monde se connaît depuis toujours. On s'aime trop ou on se hait et ce sont les hommes qui font la loi, par la force s'il le faut. 
Pour découvrir ce qui se cache sous la surface des choses, elle devra se tailler un chemin, entre mensonges et superstitions. 
Et se faire louve pour ne pas être proie. 



Niché au cœur de la vallée, un village demeure depuis des générations. Des générations qui rejouent sans cesse les mêmes histoires, années après années. Des histoires où les hommes sont les plus forts, où les femmes sont souvent silencieuses, où les garçons jouent aux hommes et où les filles apprennent à se faire discrètes. Pourtant, des voix s'élèvent et des peurs ancestrales refont surface. 
Quand Célia retourne dans ce village avec sa mère, à la mort de sa grand-mère, elles sont mises à l'écart. Mais Célia est habituée à être en marge de tout. La forêt sera son domaine, son échappatoire à tous les maux qui s'abattent sur sa famille. Seulement dans la forêt, elle peut être qui elle est, libre comme une louve.
Une louve sauvage. 
Une louve puissante. 
Une louve dangereuse. 
Mais une louve qui ne peut exister éternellement. Célia ne peut pas tourner le dos à la réalité. Il y a sa mère, écrivain à succès dépressive et absente, les souvenirs de sa grand-mère qui étouffent encore leur maison. Trois générations dont les histoires se mêlent et s'entre-mêlent pour former une fresque douloureuse qui nous est dévoilée tout au long du récit. 
Les histoires se répètent, les souffrances sont revécues, les pulsions des hommes font d'eux les bêtes les plus sauvages de ces bois. Et nous assistons à la peinture de ce tableau.

Le cœur des louves c'est un livre qui nous emporte doucement dans cette vallée de secrets et de non-dits. Le cœur des louves c'est une histoire hors du temps où nos cœurs battent avec ceux des personnages. Le cœur des louves c'est beau. 

Photo de Louise Markise

20 janv. 2015

Comment (bien) rater ses vacances - Anne Percin

Comment (bien) rater ses vacances d'Anne Percin
France

Edité chez Rouergue, collection Doado - 2010

224 pages - 11.70€


« Chers parents, 
Mon stage de survie en milieu hostile se passe bien, merci. J'espère que vous êtes pas trop morts, rapport aux frais de rapatriement qui doivent coûter bonbon, depuis la Corse. Sinon, moi ça va, j'ai mangé Hector mais pas tout d'un coup, j'en ai congelé un bout pour le mois prochain. Heureusement que j'ai l'eau-de-vie de Mamie, ça m'aide pour tenir. Si jamais vous ne reveniez pas, ce serait sympa de m'envoyer un mandat parce que la prostitution masculine, ça marche pas trop dans le quartier. Bon, ben je vous laisse, c'est l'heure de ma piqûre d'héroïne. Gros bisous, votre fils bien-aimé,
Maxime. »
Cet été, Maxime a 17 ans. Il ne veut plus partir en vacances avec ses parents. Il préfère rester chez sa Mamie pour glander devant l'ordinateur. Tant pis pour toi. Il va vivre des journées délirantes !





Un roman qui se lit vite, avec un grand sourire sur le visage ! 


Maxime, ado aux cheveux indisciplinés, s'apprête à passer des vacances bien tranquille chez sa grand-mère à jouer, tchater et manger - et surtout sans parents ! Mais sa joie est de courte durée lorsqu'il va se retrouver livré à lui-même qaund sa grand-mère part pour l'hôpital. Il va devoir prendre ses responsabilités, et cela ne se fait pas si facilement ! Malgré tout, il va réussir à survivre en solitaire et à passer finalement les meilleures vacances de sa vie ! 

Le roman adopte un ton léger qui nous fait voir les malheurs de la vie sous un tout nouveau jour. Maxime est un héros attachant qui s'adresse parfois directement à nous, lecteurs, à travers les pages. Chaque épisode de ses vacances est mémorable. L'humour est acéré, les rebondissements sont nombreux, bref, on ne s’ennuie pas une seconde ! La plume de l'auteure trace si bien le portrait de cet ado un peu à côté de ses pompes qui va mûrir tout au long de ses aventures. Sa relation avec sa grand-mère est touchante, chargée de bons moments que Maxime nous fait partager. 

On a tous une petite part d'insouciance de Maxime en nous ! Ce roman s'adresse plutôt aux ados, mais sans tomber dans les clichés. Le héros est vif et a le sens de la répartie, il faut vous y faire ! À mettre entre les mains de ceux qui cherchent un bon bol de rigolade sur fond de récit initiatique. 

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○ La suite des aventures de Maxime :